Director : Matt Reeves
Réalisé en 2014. Avec : Andy Serkis (Caesar le Premier), Jason Clarke (le gentil humain, l'agent de la paix), Toby Kebbell (l'agent de la haine) et Gary Oldman (celui qui fait des discours unificateurs).
Après une séquence d'ouverture pleine d'action, deux personnages s’assoient tranquillement autour d'un feu pour discuter de leurs passés respectifs et leurs jeunes années ensemble . Un moment qui ne sert que les personnages et nous enrober dans l'univers (c'est aussi une scène entièrement sous-titrée). Après une quinzaine de minutes dans un film à plusieurs centaines de millions de dollars au mois de juillet avec des effets spéciaux à la pointe de la technologie, nous n'avons toujours pas vu un humain ou entendu une seule ligne de dialogue. C'est exactement le genre de chose qui me rend vraiment heureux.
Si je devais établir un ligne directrice dans l'ensemble de la série Planet of the Apes (sans prendre en considération le remake de Burton), en dehors de l'évidence des singes, c'est que nous n'avons jamais affaire à un "bon" ou un "mauvais" côté. Malgré 7 films qui opposent biologiquement deux factions, il y a rarement de héro ou de vilain clairement établi d'un côté ou de l'autre. Cette franchise ne va pas nécessairement pour la subtilité dans ses propos, mais il y a énormément de nuances dans la personnification de chacun des partis. Par exemple, il serait facile de dépeindre le conseiller scientifique de Conquest (celui qui tue par balle une des protagonistes ainsi qu'un bébé singe) comme une figure vilaine. Mais il est loin d'être manichéen, puisqu'en approchant le film de son point de vue, il est clair qu'il n'a que la survit de la race humaine en tête (un point assez compréhensible pour...des humains). Donc, même les gens qui se révèlent être des mauvaises personnes, leurs sentiments sont compréhensibles et instruits d'une psyché humaine (que ce soit les humains ou les singes). Pour en venir au fait, puisque nous n'observons pas la franchise dans l'ensemble mais bien le plus récent opus (je vous rassure), Dawn of the Planet of the Apes fonctionne principalement dû au fait que les deux camps qui s'opposent n'ont aucun trait qui les rendent catégoriquement des méchants, créant un conflit central compréhensible et nuancé à un point qui (j'oserais le dire) n'a jamais été atteint dans la série.
Pour clarifier cette dernière phrase, en dehors du premier film, le blâme de la friction entre les deux camps peut être mis aux pieds d'un ou deux incroyables trou-du-culs (qui sont quand même très humains!) Dawn semble même être au courant de la chose en mettant pratiquement une énorme pancarte sur un individu "HE'S THE ASSHOLE".Ma copine et moi nous sommes mêmes regardé en roulant les yeux "bon, c'est celui là". Donc, lorsque le film joue avec nos attentes en établissant un différent personnage comme l'antagoniste qui cause le trouble, j'étais vraiment impressionné et à partir de ce moment, le film m'avait emporté.
La structure du film est sensiblement la même que Battle, le 5e film de la franchise. Les grandes lignes sont exactement les mêmes, mais avec plus de budget et un meilleur script. Le film ne fait pas vraiment d'effort pour correspondre aux attentes classiques des blockbusters faits au convoyeur et c'est quelque chose de vraiment rafraîchissant. Ne faites pas d'erreur, nous avons ici affaire à un énorme blockbuster qui est fait pour faire de l'argent, je n'essaie pas de me ou de vous convaincre autrement, mais c'est agréable de voir qu'ils prennent une différente approche qui pourrait être considérée plus dangereuse dans un milieu qui est incroyablement sécuritaire. Par exemple, un peu comme Noah, l'énorme bataille (qui serait l'apogée de n'importe quel autre film) vient vers la moitié du film, nous laissant avec une deuxième partie qui se concentre sur les luttes des personnages et leurs différents objectifs. De plus, le film ne force pas les singes à la parole trop rapidement. Après avoir à peine appris 8 mots à la fin de Rise, Caesar a un dialogue beaucoup plus étayé, mais passe quand même la majorité du film à s'exprimer en langage des signes (ses compatriotes ont encore moins de lignes que lui).
Pour en revenir au point qui est le plus important. Il serait vraiment facile de nous présenter les humains comme étant des méchants unidimensionnels servant d'antagonistes aux singes qui sont beaucoup plus pures et qui ne veulent que vivre dans les bois et ne veulent pas de mal à personne tandis que les humains veulent driller leur arbre pour obtenir des métaux précieux qui valent plein d'argent puisque les humains sont stupides et ne veulent que du précieux argent! Yes! Delicious, beautiful money! et....oups, je me suis emporté. Mais non, les humains sont des humains, qui ont des bons moments comme des mauvais, ce sont des gens qui ont survécus à l'apocalypse et ont passés 10 ans à tenter de retrouver une fraction du confort et de la sécurité qu'ils prenaient pour acquis. Ils ont perdus la majorité des gens qu'ils aimaient et sont effrayés d'un monde nouveau qui leur est hostile. Donc, lorsque la menace des singes apparaît au début du film, ils sont terrifiés et ils se mettent à paniquer (ce qui est compréhensible suite à la tentative d'intimidation digne d'une bande de cro-magnons que Caesar entreprend au début). Du côté des singes, Koba a une certaine dent envers les humains, considérant que la moitié de son corps est tapissé de cicatrices datant de ses nombreuses années dans des laboratoires humains. Il n'agit pas de façon noble, gentille ou posée, mais il agit de façon très humaine. Des émotions qui, lorsqu'on regarde à l'échelle de l'Histoire, sont difficilement dissociable de notre propre attitude avec les tyrans.
Tout ca pour dire que le film ne satisfait pas seulement au niveau de l'action, des effets spéciaux et des scènes de combats d'armes à feu à dos de chevaux, mais offre aussi un portrait humain d'un conflit inhumain et fictif. Tout les concepts de conflits armés contemporains que nous connaissons y passent, de "l'image de l'ennemi" lors de la Deuxième Guerre mondiale au territoire d’Israël/Palestine en passant par l'invasion de l'Irak sur base d'informations douteuses, donnant beaucoup de potence à ce conflit et de points de repères qui le rendent très proche de notre réalité...mais avec des singes! (Animal Farm anyone?)
Par contre, malgré sa vision très pessimiste des relations entre des différents groupes, le film (comme l'ensemble de la franchise) garde toujours un lueur d'espoir. En gardant en périphérie le thème de la famille et de la maison qui ont été introduits dans Rise, il donne un aspect émotif au combat, puisque après tout, pourquoi se battre si ce n'est que pour assurer la sécurité de sa famille? Même lorsque acculé au pied du mur Caesar se trouve à fait l’irréparable, il garde toujours en vue un objectif noble de protection. C'est pour cela que Koba fonctionne si bien en tant qu'adversaire, puisqu'il lutte pour toutes les mauvaises raisons. Il représente la haine et la rage ("Humans work! Humans work!") tandis que Caesar représente une certaine empathie et compassion, une figure qui même dans la lutte sans merci garde une once d'espoir que toute ces horreurs sont pour une bonne cause?
Toute cette histoire serait moins forte et importante si nous n'avions pas une forte figure centrale qui est un personnage incroyable (et oui, on parle ici d'un singe animé presque entièrement à l'ordinateur). À ce point ci, souligner le travail incroyable d'Andy Serkis devient quelque peu redondant (je l'ai fait lorsque j'ai écrit sur Rise et The Hobbit, tout le monde le dit, il se spécialise dans ce genre de travail, etc. ), mais...il est simplement si bon que ça devient nécessaire chaque fois qu'il est à l'écran. Caesar est autant un personnage que son ancêtre éponyme, Zira, Cornelius, Taylor, Sullivan (lisez les bandes dessinées de Daryl Gregory!) et à tellement de charisme et de leadership. Le Caesar de Rise était un jeune en colère qui vivait une situation malencontreuse et constatait une injustice dans son entourage, celui de Dawn est un père de famille, un vétéran, un singe sage et réfléchit qui ne prend pas de décision à la légère et qui insuffle la confiance et la loyauté à ses compatriotes.
En conclusion, en dehors de l'absence d'un personnage féminin remarquable (Cornelia passe l'intégralité de son temps à l'écran malade, really?), je pense pouvoir déterminé ce film comme étant une réussite à tout les niveaux! Un script, des acteurs, des effets spéciaux, tous au service d'une histoire dont la pertinence transcende la salle de cinéma.
MUK
P.S.: J'espère vraiment que la suite va prendre en considération les conséquences d'une civilisation naissante dont la première introduction à la culture est Black Hole de Charles Burns. Faites que ça devienne un point de référence dans leurs connaissances encyclopédique des humains ("Certains ont des queues, d'autres des petites bouches sur le torse et des étranges hommes-lézards mutants vivent dans les bois comme nous!").






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