Director : Joon-ho Bong
Réalisé en 2013. Avec : Chris Evans (leader révolutionnaire), Jamie Bell (le petit Jimmy), John Hurt (vieux mentor sage), Tilda Swinton (???) et Kang-ho Song (techno/junkie).
Après la longue épopée qu’à dut endurer Snowpiercer pour se rendre en salle, c’est difficile de croire qu’il
est enfin possible de le voir au grand écran et la meilleure nouvelle, c’est
que nous avons droit à une version qui n’a pas été altérée pour un public
nord-américain.* C’est plaisant d’autant plus que le film à des sensibilités
très distinctes qui nous sont peu familières et qui rendent le film étrange à
certains points (mais de la meilleure façon possible). Ce sont ces anomalies (qui
le sont seulement dans notre optique nord-américaine « hollywood-isé »)
qui rendent le film si savoureux. C’est un véritable plaisir de découvrir les
différentes surprises que nous réserve le script.
Snowpiercer est
une adaptation d’une bande-dessinée française Le transperceneige, à propos d’un monde congelé suite à des incidents
fâcheux sans importance où l’humanité restante vie sur un unique train qui n’arrête
jamais. La structure sociale est rendu très littérale à bord de ce train où les
pauvres et opprimés vivent au fond tandis que les riches sont à l’avant. C’est
une prémisse très simple et la seule dont le film nous informe avant de nous
lancer dans l’histoire. On entre dans une révolte déjà en cours d’organisation
et après moins d’une quinzaine de minutes de mise-en-situation, l’action débute
et les héros entament leur quête d’atteindre le nez du train.
La littérale progression vers l’avant
propulse le récit et donne des points de repères qui sont pratiques dans cet
univers quelque peu déjanté, ce qui est pratique et sert d’un léger ancrage à
une histoire qui a des tueurs masqués tordus ou une psychique sans justification
ni fonction. De plus, en évoluant à travers les wagons/classes sociales, l’environnement
change et insuffle une certaine fraîcheur dans des décors qui auraient
facilement pu toujours avoir l’air du même endroit (300-style). Ils donnent aussi différents tons à chaque scène,
mélangeant l’action, la comédie farfelue, le thriller et l’oppressante réalité
de la classe ouvrière. C’est un des détails étrangers qui ressort le plus dans
le film, lorsqu’on n’hésite pas à mélanger le lugubre et le comique presque
enfantin. Pour vous donner une idée, je n’ai pas vu ce film dans le cadre de
Fantasia, mais il aurait aussi bien pu y être, faisant une parfaite
programmation pour le festival de films de genres qui nous surprennent sans
cesse.
Les retournements de situations
sont particulièrement spéciaux puisqu’ils ne viennent pas de l’intrigue
directement, mais plutôt des personnages. Ceux qui ont des rôles conventionnels
nous apprennent de l’information tout au long du film qui nous les montre sous
un autre jour, soulignant beaucoup d’enjeux moraux dans cet environnement
scellé sous vide. Le film est assez intelligent pour savoir qu’il doit
constamment changer la donne s’il ne veut pas que ça devienne ennuyeux. De
plus, malgré toute cette misère et un univers de Les misérables, il nous offre quand même une certaine lueur d’espoir,
misant tout sur le fait que si nous n’apprenons pas de nos erreurs, peut être
que ceux du futur vont le faire.
En conclusion, l’attente en valait
la peine (et pour ceux qui ne l’ont pas attendu, c’est encore mieux!). L’histoire
est originale et fait bon usage de sa prémisse et de son environnement, n’est
jamais ennuyeuse et offre d’excellentes scènes d’actions. Le ton est
particulièrement étrange et mélange l’humour noir avec des détails farfelus et
des situations déplorables et c’est ce qui le distingue et fait du film un
excellent film de science-fiction dystopique.
MUK
*Pour la petite histoire, la compagnie Weinstein ont acheté
les droits pour le distribuer en salle en 2012, mais voulant altérer le film,
il y a eu des chicanes avec le réalisateur qui ont retardés la sortie. Cette
histoire fut grandement médiatisée dans les publications de cinéphiles.



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