mercredi 31 décembre 2014

Wild

Directeur : Jean-Marc Vallée
Réalisé en 2014. Avec : Reese Witherspoon!


Il semble que Jean-Marc Vallée soit le nouvel homme vers qui les acteurs vont se tourner pour construire un film autour de leur performance. Après Dallas Buyers Club qui permit à Jared Leto et Matthew McConaughey d’aller chercher leur statuette dorée dans un film qui n’est pas vraiment venu me chercher personnellement, il lance Reese Witherspoon dans la nature avec uniquement un énorme sac à dos, symbole de son passé quel doit affronter tout au long de ce parcours introspectif qui est aussi intime qu’universel.

La trame narrative du film suit du début à la fin Cheryl Strayed lors de son épopée le long du Chemin des crêtes du Pacifique, un parcours allant de la frontière mexicaine jusqu’au Canada à travers la brousse sauvage, les montagnes enneigées et le désert ardent. Ce qui semble être une excentricité personnelle se révèle rapidement être la seule option pour une femme qui n’avait absolument plus aucun recours dans sa vie ou les tragédies s’ensuivaient. Ainsi, après son divorce, un mauvais mélange de sexe vide avec des drogues dures et une tragédie familiale, elle frappe le fond du baril et décide que seule l’extraction complète de son univers est possible. Ainsi, avec quelques connaissances théoriques et de l’expérience de novice, elle se lance dans une des plus éprouvantes épreuves d’endurances qu’un individu puisse s’imposer pour se purger.


Witherspoon est le cœur du film. Elle est la force directrice qui est seule avec elle-même pour la majeure partie du film et ne peut jouer qu’avec son physique. Elle offre une performance crue et vraie comme le demande un rôle de cette taille. Son lourd passé se fait sentir dans les traits de son visage, mais elle donne tellement de dimension à son rôle qu’elle construit un personnage qui est affecté par ses mauvaises expériences sans se laisser définir par celles-ci (ce qu’elle était avant cette expérience). Elle passe énormément de temps seule, mais son histoire est racontée uniquement par retour en arrière qui nous montrent sans ordre précis son enfance, son adolescence, sa vingtaine, etc. et la principale relation de sa vie avec sa mère, joué par la toujours excellente Laura Dern.

Wild est aussi un film féministe qui n’offre aucune excuse. Avec en son centre une femme forte et indépendante, il n’hésite pas à observer d’un œil auquel nous ne sommes pas habitués les interactions mondaines de la vie de tous les jours. En partant de sa relation avec sa mère, qu’elle adore mais qui représente une attitude de compromis que Cheryl se refuse à prendre comme exemple, jusqu’aux autres marcheurs qu’elle rencontre et les diverses baises aléatoires lors de sa mauvaise période, le film n’a pas de bon commentaire à faire sur les rôles imposés aux femmes dans notre société. Lorsqu’un groupe d’hommes la couronnent « reine du chemin » puisqu’elle reçoit constamment de l’aide d’hommes sous prétexte qu’elle est une femme, ils ne prennent pas en considération toute l’anxiété chaque fois qu’elle rencontre un homme, dans quelque contexte que ce soit. Cette tension est constante à chaque nouvelle personne qu’elle rencontre. Elle approche toujours avec retenue puisqu’elle a une expérience de vie qui lui a instruit qu’elle devait faire attention aux nouveaux hommes qui veulent être gentils avec elle. La majorité du temps il se trouve qu’elle avait tort et les gens ne font que l’aider sans agir sur leurs intentions possibles, mais il reste que le climat général n’est pas celui d’une liberté totale qu’elle cherche. Même au milieu de la forêt, son absence de testicules la rattrape dès qu’un autre être humain entre en jeu et cette quête plus large est loin d’être résolue.


Je commence à suspecter que l’ex-femme de Jean-Marc Vallée l’ait trompée avec un compositeur ou quelque chose dans le genre, puisqu’il semble avoir quelque chose contre les compositions originales.* En tapissant mur à mur ses productions de musiques populaires, il accomplit toujours quelque chose avec ses décisions audio. Les choix musicaux fonctionnent particulièrement bien dans ce contexte, puisque le format « marche intime/durs souvenirs du passé » nous coince dans la tête de la protagoniste et il est très logique qu’une aussi longue marche sans interactions fasse divaguer les pensées entre mémoire et chansons aléatoires. On entend ainsi souvent Cheryl se chantonner à voix basses les musiques jouées pour l’audience, renforçant l’expérience sensorielle mise de l’avant dans ce périple éprouvant. La caméra accorde beaucoup d’importance aux douleurs et l’effort physique qu’il est presque possible de ressentir dans nos sièges bien rembourrés.

En conclusion, Wild offre un chemin grandiose et personnel d’une femme qui cherche à se retrouver dans un monde qui ne cesse de lui retirer tout point de repère. Elle cherche autant son identité propre lorsqu’on ne cesse de tenter de lui en imposer que de se définir en tant qu’autre chose qu’une victime de son passé (d’une façon saine cette fois ci). La performance est le point de discussion principal du film, mais la réalisation permet à ce film de vraiment transcender un film qui aurait pu facilement avoir l’air de se trouver plus important qu’il ne l’était ou d’être un projet centré sur l’orgueil d’une actrice plutôt que sur une vraie histoire humaine.

MUK

*Je suis presque certain avoir déjà lu quelque part sa justification derrière ses choix musicaux, mais elle m’échappe complètement et la supposition présentée ici n’est que pour faire office de blague et non une vraie assomption sur la vie privée du réalisateur! 

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