Directeur : Jean-Marc Vallée
Réalisé en 2014. Avec : Reese Witherspoon!
Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=tn2-GSqPyl0
Il semble que Jean-Marc
Vallée soit le nouvel homme vers qui les acteurs vont se tourner pour
construire un film autour de leur performance. Après Dallas Buyers Club qui permit à Jared Leto et Matthew McConaughey d’aller
chercher leur statuette dorée dans un film qui n’est pas vraiment venu me
chercher personnellement, il lance Reese Witherspoon dans la nature avec
uniquement un énorme sac à dos, symbole de son passé quel doit affronter tout
au long de ce parcours introspectif qui est aussi intime qu’universel.
La trame narrative du
film suit du début à la fin Cheryl Strayed lors de son épopée le long du Chemin
des crêtes du Pacifique, un parcours allant de la frontière mexicaine jusqu’au
Canada à travers la brousse sauvage, les montagnes enneigées et le désert
ardent. Ce qui semble être une excentricité personnelle se révèle rapidement
être la seule option pour une femme qui n’avait absolument plus aucun recours
dans sa vie ou les tragédies s’ensuivaient. Ainsi, après son divorce, un
mauvais mélange de sexe vide avec des drogues dures et une tragédie familiale,
elle frappe le fond du baril et décide que seule l’extraction complète de son
univers est possible. Ainsi, avec quelques connaissances théoriques et de l’expérience
de novice, elle se lance dans une des plus éprouvantes épreuves d’endurances qu’un
individu puisse s’imposer pour se purger.
Witherspoon est le cœur du
film. Elle est la force directrice qui est seule avec elle-même pour la majeure
partie du film et ne peut jouer qu’avec son physique. Elle offre une
performance crue et vraie comme le demande un rôle de cette taille. Son lourd
passé se fait sentir dans les traits de son visage, mais elle donne tellement
de dimension à son rôle qu’elle construit un personnage qui est affecté par ses
mauvaises expériences sans se laisser définir par celles-ci (ce qu’elle était
avant cette expérience). Elle passe énormément de temps seule, mais son
histoire est racontée uniquement par retour en arrière qui nous montrent sans
ordre précis son enfance, son adolescence, sa vingtaine, etc. et la principale
relation de sa vie avec sa mère, joué par la toujours excellente Laura Dern.
Wild
est aussi un film féministe qui n’offre aucune excuse. Avec en son centre une
femme forte et indépendante, il n’hésite pas à observer d’un œil auquel nous ne
sommes pas habitués les interactions mondaines de la vie de tous les jours. En
partant de sa relation avec sa mère, qu’elle adore mais qui représente une
attitude de compromis que Cheryl se refuse à prendre comme exemple, jusqu’aux
autres marcheurs qu’elle rencontre et les diverses baises aléatoires lors de sa
mauvaise période, le film n’a pas de bon commentaire à faire sur les rôles
imposés aux femmes dans notre société. Lorsqu’un groupe d’hommes la couronnent « reine
du chemin » puisqu’elle reçoit constamment de l’aide d’hommes sous
prétexte qu’elle est une femme, ils ne prennent pas en considération toute l’anxiété
chaque fois qu’elle rencontre un homme, dans quelque contexte que ce soit.
Cette tension est constante à chaque nouvelle personne qu’elle rencontre. Elle
approche toujours avec retenue puisqu’elle a une expérience de vie qui lui a
instruit qu’elle devait faire attention aux nouveaux hommes qui veulent être
gentils avec elle. La majorité du temps il se trouve qu’elle avait tort et les
gens ne font que l’aider sans agir sur leurs intentions possibles, mais il
reste que le climat général n’est pas celui d’une liberté totale qu’elle
cherche. Même au milieu de la forêt, son absence de testicules la rattrape dès
qu’un autre être humain entre en jeu et cette quête plus large est loin d’être
résolue.
Je commence à suspecter
que l’ex-femme de Jean-Marc Vallée l’ait trompée avec un compositeur ou quelque
chose dans le genre, puisqu’il semble avoir quelque chose contre les
compositions originales.* En tapissant mur à mur ses productions de musiques
populaires, il accomplit toujours quelque chose avec ses décisions audio. Les
choix musicaux fonctionnent particulièrement bien dans ce contexte, puisque le
format « marche intime/durs souvenirs du passé » nous coince dans la
tête de la protagoniste et il est très logique qu’une aussi longue marche sans
interactions fasse divaguer les pensées entre mémoire et chansons aléatoires.
On entend ainsi souvent Cheryl se chantonner à voix basses les musiques jouées
pour l’audience, renforçant l’expérience sensorielle mise de l’avant dans ce
périple éprouvant. La caméra accorde beaucoup d’importance aux douleurs et l’effort
physique qu’il est presque possible de ressentir dans nos sièges bien
rembourrés.
En conclusion, Wild offre un chemin grandiose et
personnel d’une femme qui cherche à se retrouver dans un monde qui ne cesse de
lui retirer tout point de repère. Elle cherche autant son identité propre
lorsqu’on ne cesse de tenter de lui en imposer que de se définir en tant qu’autre
chose qu’une victime de son passé (d’une façon saine cette fois ci). La
performance est le point de discussion principal du film, mais la réalisation
permet à ce film de vraiment transcender un film qui aurait pu facilement avoir
l’air de se trouver plus important qu’il ne l’était ou d’être un projet centré
sur l’orgueil d’une actrice plutôt que sur une vraie histoire humaine.
MUK
*Je suis presque certain
avoir déjà lu quelque part sa justification derrière ses choix musicaux, mais
elle m’échappe complètement et la supposition présentée ici n’est que pour
faire office de blague et non une vraie assomption sur la vie privée du
réalisateur!



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