Directeur : Ava DuVernay
Réalisé en 2014. Avec : David Oyelowo (The man himself)
Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=x6t7vVTxaic
Dès le début, les
intentions sont claires. Martin Luther King Jr. rencontre le président Johnson
qui lui récite les habituels discours de privilégiés « vous avez
techniquement le droit de vote » et « je dois priorisé la guerre
contre la pauvreté » pour que Dr. King lui ramène que les paperasses
administratives s’assurent que les noirs ne puissent pas voter en pratique
(montré dans une scène dévastatrice mettant en vedette Oprah) et que même si la
ségrégation est maintenant illégale, les noirs sont loin d’être égaux. Oui,
chaque petite victoire pour les noirs est significative, mais lorsqu’on regarde
les actualités, on sait que ce ne sont pas les événements du film qui ont
réglés le problème (et, encore plus important, le film aussi le sait). Cette lutte n'est pas seulement dans les rues et au gouvernement, mais aussi dans les représentations culturelles qui n'arrivent encore pas à refléter la race humaine dans toute sa diversité.
Selma
parle autant d’une marche au cours des années 60 (il y a 50 ans aujourd’hui)
que de notre situation nord-américaine contemporaine. C’est un drame historique
puissant et pertinent ainsi qu’une représentation humaine d’un des grands
leaders du 20e siècle. C’est un exemple d’une bonne approche au film
biographique. Il choisit de se concentrer sur une lutte ou un moment spécifique
dans la vie de la figure, lui permettant ainsi d’aller chercher l’essence d’une
personnalité. Le combat de MLK est approchée sous plusieurs angles, que ce soit
ses luttes politiques que les impacts sur sa vie de famille, qui fonctionnent
tous ensemble. On ne sent pas nécessairement que ce sont deux aspects de sa vie
séparés qui prennent du temps de script au détriment de l’autre, mais plutôt
qui viennent s’instruire mutuellement. Ainsi, lorsque l’homme est absent à la
première journée de la marche, ses motivations personnelles ne semblent pas
forcées par le scénario, mais sont un découlement naturel de tout ce qui est
venu auparavant.
Cette fameuse première
journée de marche est la pièce centrale du film et est un des moments
cinématographiques les plus captivants qu’il m’ait été donné de voir dans un
film historique. J’étais abasourdi et au bord des larmes devant la
représentation de cette violence qui ne retient pas ses coups et nous place
réellement au cœur du chaos et de la détresse. C’est lorsqu’un film à le
courage de montrer quelque chose qui stimule et dérange autant qu’il devient
transcendant, surtout lorsqu'il parle d’un problème toujours en attente de résolution en 2015. Il n’y a rien de particulièrement graphique qui relève de l’exploitation,
mais c’est l’aspect si simple et pur de cette haine qui vient déranger autant.
À quel point quelqu’un peut contenir autant de colère irrationnelle envers
quelque chose qui n’a ultimement aucun impact concret sur sa vie? C’en est
terrifiant.
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| See what I did there? |
David Oyelowo construit
une figure historique complexe. Comme le Lincoln de Daniel Day-Lewis, ce n’est
pas un titan indestructible, parfait et irréprochable, mais un simple homme qui
fait ce qui est nécessaire pour obtenir ce en quoi il croit. De cette façon, il
offre à l’audience un modèle encore plus pertinent, puisque lorsqu’il affronte
l’adversité, il n’est pas convaincu qu’il va s’en sortir et c’est important de
comprendre qu’aucun grand homme ne se croit immortel et sait de façon absolue
qu’il va vaincre. Même les plus grands que l’histoire canonise au titre de
héros étaient faillibles.
En conclusion, je
recommanderais ce film simplement pour la séquence du Dimanche Sanglant (non,
ce n’est pas une messe dans Game of
Thrones, c’est un véritable événement historique, ce qui le rend doublement
choquant), mais tout ce qui l’entoure est aussi excellent. C’est un drame
captivant et, plus important que tout considérant les tensions chez nos voisins,
pertinent.
MUK



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