dimanche 18 janvier 2015

Selma

Directeur : Ava DuVernay
Réalisé en 2014. Avec : David Oyelowo (The man himself)


Lorsqu’un film touche à des sujets historiques, il est facile de créer une distance entre l’audience et le sujet afin de créer une zone de confort qui permet au public d’assister à des tragédies sans sentir que l’expérience ne sera trop troublante ou désagréable. Selma n’est aucunement intéressé par ce genre de protection contre des dures réalités, qu’elles soient historiques ou d’actualités. Il serait facile de faire un film sur les événements de Selma et montrer de quelle façon le racisme en Amérique est maintenant guérit afin que l’on se sente mieux d’être des personnes si progressistes, mais ce serait un mensonge. Le film est assez intelligent pour être capable d’aller chercher l’aspect triomphant de cet événement particulier, de célébrer les accomplissements de son protagoniste tout en soulevant le fait qu’il reste malgré tout du chemin à faire.

Dès le début, les intentions sont claires. Martin Luther King Jr. rencontre le président Johnson qui lui récite les habituels discours de privilégiés « vous avez techniquement le droit de vote » et « je dois priorisé la guerre contre la pauvreté » pour que Dr. King lui ramène que les paperasses administratives s’assurent que les noirs ne puissent pas voter en pratique (montré dans une scène dévastatrice mettant en vedette Oprah) et que même si la ségrégation est maintenant illégale, les noirs sont loin d’être égaux. Oui, chaque petite victoire pour les noirs est significative, mais lorsqu’on regarde les actualités, on sait que ce ne sont pas les événements du film qui ont réglés le problème (et, encore plus important, le film aussi le sait). Cette lutte n'est pas seulement dans les rues et au gouvernement, mais aussi dans les représentations culturelles qui n'arrivent encore pas à refléter la race humaine dans toute sa diversité. 


Selma parle autant d’une marche au cours des années 60 (il y a 50 ans aujourd’hui) que de notre situation nord-américaine contemporaine. C’est un drame historique puissant et pertinent ainsi qu’une représentation humaine d’un des grands leaders du 20e siècle. C’est un exemple d’une bonne approche au film biographique. Il choisit de se concentrer sur une lutte ou un moment spécifique dans la vie de la figure, lui permettant ainsi d’aller chercher l’essence d’une personnalité. Le combat de MLK est approchée sous plusieurs angles, que ce soit ses luttes politiques que les impacts sur sa vie de famille, qui fonctionnent tous ensemble. On ne sent pas nécessairement que ce sont deux aspects de sa vie séparés qui prennent du temps de script au détriment de l’autre, mais plutôt qui viennent s’instruire mutuellement. Ainsi, lorsque l’homme est absent à la première journée de la marche, ses motivations personnelles ne semblent pas forcées par le scénario, mais sont un découlement naturel de tout ce qui est venu auparavant.

Cette fameuse première journée de marche est la pièce centrale du film et est un des moments cinématographiques les plus captivants qu’il m’ait été donné de voir dans un film historique. J’étais abasourdi et au bord des larmes devant la représentation de cette violence qui ne retient pas ses coups et nous place réellement au cœur du chaos et de la détresse. C’est lorsqu’un film à le courage de montrer quelque chose qui stimule et dérange autant qu’il devient transcendant, surtout lorsqu'il parle d’un problème toujours en attente de résolution en 2015. Il n’y a rien de particulièrement graphique qui relève de l’exploitation, mais c’est l’aspect si simple et pur de cette haine qui vient déranger autant. À quel point quelqu’un peut contenir autant de colère irrationnelle envers quelque chose qui n’a ultimement aucun impact concret sur sa vie? C’en est terrifiant.

See what I did there?
David Oyelowo construit une figure historique complexe. Comme le Lincoln de Daniel Day-Lewis, ce n’est pas un titan indestructible, parfait et irréprochable, mais un simple homme qui fait ce qui est nécessaire pour obtenir ce en quoi il croit. De cette façon, il offre à l’audience un modèle encore plus pertinent, puisque lorsqu’il affronte l’adversité, il n’est pas convaincu qu’il va s’en sortir et c’est important de comprendre qu’aucun grand homme ne se croit immortel et sait de façon absolue qu’il va vaincre. Même les plus grands que l’histoire canonise au titre de héros étaient faillibles.

En conclusion, je recommanderais ce film simplement pour la séquence du Dimanche Sanglant (non, ce n’est pas une messe dans Game of Thrones, c’est un véritable événement historique, ce qui le rend doublement choquant), mais tout ce qui l’entoure est aussi excellent. C’est un drame captivant et, plus important que tout considérant les tensions chez nos voisins, pertinent.

MUK

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